Avec le nu comme témoin, je m’accorde à penser aujourd’hui que ce retour aux origines les plus profondes et les plus troublantes de l’humanité,nous rapproche sans cesse dans notre quête d’identité d’un peu d’humilité.
«Tous les corps, masculins et féminins aspirent selon le principe de modalités confuses aux retrouvailles avec ces voluptés primitives, quand la vie excelle et que triomphe sans partage la force des puissances vitales.Pressions de l’intérieur de la chair maternels, contre mon dos, mes reins,ma nuque, mes fesses d’enfant porté et suspendu dans l’eau ; mémoires de limbes dans ma fibre informée par la lymphe,les nerfs,les muscles ;lumièreen camaïeux de rouges, de roses, oranges semblables aux feux des éclosions planétaires ou aux brasiers stellaires ; parfums volatile et fragrances infinitésimales, mais inscrits dans la matière planétaire…,bruits sourds, graves, répétés, doux, ronronnements épais, constitués de très basses fréquences ; sons du dehors et roulements du dedans, clapotis de la physiologie maternelle et rumeur du monde : je cligne la paupière, vacille avec une extrême lenteur, modifie ma posture – et connais ma première érection.Début d’une longue histoire placée sous le signe de l’éternel retour.»(4)
À l’évidence, ma vision du monde sexuée plonge profondément ses racines dans les images disponibles dès les premiers instants : peaux, contacts, émotions et sensations premières, voix, caresses, cris, gestes et signes princeps.Tout autant les manques, failles, défauts, absences originaires qui dessinent dans mes organes, mes muscles, mes os, ma peau un réseau où se fluidifie l’existence.
Mon travail actuel à partir de clichés radiographiques se place dans cette mouvance où toutes les formes de nos pulsions de mort se résument au squelette.
Contre ces logiques mortifères, je veux célébrer ces libidos joyeuses dont la chair conserve l’irrépréhensible mémoire.
Une telle expérience n’est pas ineffable et je veux la communiquer même si elle n’apporte jamais rien d’apaisant et exige d’autrui angoisse et désirs préalables.
(1) De SAINT PRANCHER , Arts Gazette international
(2)(3) Pascal QUIGNARD « Le sexe et l’effroi »
(4) M.ONFRAY « Théorie du corps amoureux »